Le titre date de 1968, du mois de mai pour être précis. J'avais noté, à l'époque, une
figure rythmique qui me semblait intéressante et puis elle était restée oubliée dans mes
carnets, jusqu'au moment où, en octobre 1985 j'ai eu à écrire le répertoire du futur
ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ. Cette cellule rythmique est donc devenue un des éléments
récurrents de cette composition.
Aux fins d'analyse, je renvoie le lecteur à l'excellent mémoire de maîtrise soutenu en
Sorbonne en 1996 et consacré à cette oeuvre. J'indiquerai seulement l'une des particularités
de ce morceau, qui est également l'une de ses difficultés : il s'agit du tutti d'orchestre
situé de H1 à H3, conçu comme une improvisation écrite et orchestrée. D'autre
part, il n'est pas interdit de voir dans la partie finale, à partir de la lettre L, un hommage
au Miles Davis des années 1980.
Jazz Lacrymogène a été l'un des titres du répertoire de l'ONJ 86 le plus souvent utilisé,
quasiment à chaque concert. Je souhaite que le plaisir que vous aurez à le jouer soit
égal à celui qui fut le nôtre.
François Jeanneau
INSTRUMENTATION
Trumpet Bb 1
Trumpet Bb 2
Trumpet Bb 3
Trumpet Bb 4
Trombone 1
Trombone 2
Trombone 3
Tuba
Alto Saxophone 1 & Flute
Alto Saxophone 2
Tenor Saxophone 1 & Clarinet Bb
Tenor Saxophone 2 & Soprano Sax
Bass Saxophone & Bassoon [Alternate: Bass Saxophone & Bass Clarinet]
Guitar
Keyboard
Synthesiser
Bass
Drums
Percussions
Afin d'éviter à mes futurs historiographes un long et fastidieux travail d'investigation et de documentation, je
me propose de laisser ici quelques pistes qui devraient leur être de la plus grande utilité.
Le piano sur lequel jouait ma mère fut, dès mon plus jeune âge, l'objet d'une irrésistible attirance. Mais, ayant
mis au point une stratégie scolaire me permettant d'effectuer au moindre effort le passage à la classe supérieure,
mes parents estimèrent que me faire donner des cours de piano risquait de compromettre ce fragile
équilibre, par le surcroît de travail que cela ne manquerait pas de me procurer.
Il me fallut donc attendre ma quatorzième année pour que la musique me rejoigne, par la grâce d'un concert,
celui de Charlie Parker au festival de Paris en 1949, et ma quinzième année, sous la forme d'un saxophone
soprano. L'orchestre Nouvelle-Orléans dans lequel mon frère jouait de la clarinette avait le plus grand besoin
d'un Sidney Bechet en culottes courtes. À partir de cet instant, les statistiques révèlent très nettement que
le temps passé à faire de la musique l'emportait de beaucoup sur celui que je consacrais à mes études de
lettres. En 1960, je décidais de les abandonner complètement. J'ai l'impression, encore maintenant, de n'avoir
su apprécier à leur juste valeur les charmes inimitables et les plaisirs quotidiennement renouvelés des 28 mois
1/2 de service militaire qui s'ensuivirent.
Mon premier engagement professionnel me permit de jouer au prestigieux Club Saint Germain pendant plus
de 2 ans, tous les soirs, hiver comme été, avec matinées le samedi et le dimanche. Ce fut mon « école de
jazz », et ce n'est pas la pire qui puisse exister puisqu'elle me permit de côtoyer Bud Powell, Kenny Clarke,
Oscar Pettiford, Don Byas, Eric Dolphy, Art Taylor, Freddie Hubbard... et tant d'autres.
Avec François Tusques, Bernard Vitet, Michel Portal, Beb Guérin, nous fûmes les pionniers du free jazz en France.
Cette musique n'ayant aucune chance de nous faire devenir millionnaire, je me déguisais de temps en temps
en musicien de studio et j'accompagnais même, je l'avoue sans la moindre honte d'ailleurs, de grandes figures
du show-business, et tout spécialement celle dont les initiales étaient C. F.
Mai 68, vous vous souvenez ? Son ambiance libertaire se traduisit en musique par une grande bouffée d'air,
un fort besoin de décloisonnement, un irrésistible désir de mélange des genres.
J'acceptais donc l'offre qui m'était faite de me joindre à un groupe de pop-music. Ce fut TRIANGLE, un grand
succès populaire, dans lequel je jouais surtout de la flûte et des synthétiseurs et pour lequel j'écrivais paroles
et musiques. Nos deux tubes, Viens avec nous et Peut-être demain, sont encore dans la mémoire de beaucoup.
Suite à de sérieuses divergences esthétiques et à une gestion financière surréaliste, le groupe se dispersa à
la fin de 1974.
Je retournais à mes premières amours, en montant un quartette avec Michel Grallier, Jean-François Jenny-
Clark, Aldo Romano, je créais PANDÉMONIUM, un big band de recherche et de création, je participais à un trio
légendaire, le TRIO HUMAIR-JEANNEAU-TEXIER et au non moins prestigieux QUATUOR DE SAXOPHONES avec Jean-Louis
Chautemps, Jacques Di Donato, Philippe Maté. Avec ces différentes formations, concerts et festivals n'ont pas
arrêté de s'enchaîner et les voyages dans le monde entier de se multiplier, pour mon plus grand bonheur.
Fin août 1985, je reçus un coup de téléphone du Ministère de la Culture me demandant si j'étais intéressé par
la direction musicale d'un grand orchestre, auquel seraient donnés de décents moyens de fonctionnement mais
dont il était impératif qu'il soit créé en janvier 1986. Que pensez-vous que je fis ? J'acceptais. Ce fut une année
passionnante tout autant que délicieusement épuisante, celle de la première année du premier ORCHESTRE
NATIONAL DE JAZZ. Certains pensent qu'il fut le meilleur de tous, mais ma modestie légendaire m'interdit de les
suivre sur ce terrain.
De 1987 à 1991, je fus missionné à la Réunion pour m'occuper de la mise sur pied d'un Département de Jazz
et d'un Centre d'Informatique Musicale au Conservatoire National de Région qui était en train de voir le jour.
Je rapportais de ce séjour un fort intérêt pour le maloya et pour la magie de ce pays.
À mon retour, de 1991 à 2000, j'entrais au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris,
CNSM pour les intimes, afin d'initier et de développer un département de Jazz et Musiques Improvisées, dont
le succès, conséquence d'une conception pédagogique originale, s'accentue d'année en année. À mon grand
regret, je fus « atteint par la limite d'âge » en septembre 2000.
Parallèlement au CNSM, je participais à la SCÈNE ET MARNAISE DE CRÉATION MUSICALE, dont les activités de création,
de diffusion et de formation furent multiples. Le POM, grand orchestre à géométrie variable, en fut la
face la plus visible de l'iceberg.
En septembre 2000, j'attaquais ma soi-disant « retraite » en acceptant pour 3 ans, le poste de codirecteur
musical dans l'ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ dirigé par Paolo Damiani.
Il faut citer également la création d'un orchestre de jazz mi-africain mi-européen, l'O.J.E.A., qui a vu le jour
au festival de Saint Louis du Sénégal en mai 2001, s'est produit à Paris en juin, a été à l'affiche du festival de
Saint Louis en mai 2002, mais dont l'avenir est économiquement très incertain.